Papers by Liaudet Bertrand

The Anthropocene: a catchword, a trapword, a word of debate. Invented at the turn of the 21st cen... more The Anthropocene: a catchword, a trapword, a word of debate. Invented at the turn of the 21st century by Nobel laureate Paul Crutzen to designate a new geological era marked by humanity's irreversible impact on the planet. But which anthropos are we talking about? Which starting point should we choose for the Anthropocene? And why should this era be considered new? From the very beginning, the concept has been divisive. Geologists, concerned with the rigor of their discipline, have sought to demonstrate its scientific validity. In 2024, they formally rejected its recognition as a geological epoch. Others, by contrast, find it too vague, too all-encompassing. Jason Moore, among others, offers a Marxist reading: to speak of the Anthropocene is to obscure the historical causes of the disaster. It is not "humanity" in general that is disrupting the climate, but a historically situated and politically structured mode of production. He therefore proposes another narrative: that of the Capitalocene, which highlights the central cause as the historical dynamics of global capitalism, which emerged during the long 16th century of modernity and colonialism. In this critical wake, other terms have been proposed, either before or after the term "Capitalocene". Among them is the "Plantationocene", coined by ecofeminist scholars Donna Haraway and Anna Tsing, which designates a model of exploitation of nature, reduced to a reserve of productivity, based on the brutal prototype of the slave plantations of colonization. Other names have emerged: Androcene, Pyrocene, Anglocene... Sometimes stylistic flourishes, sometimes assertive theoretical gestures, they shift the responsibility from an abstract "human" to more historically situated agents: the Western man, fossil combustion (or even the invention of fire), or Anglo-Saxon hegemony.

L'Anthropocène : mot-valise, mot-piège, mot-débat. Inventé au tournant du XXIᵉ siècle par le prix... more L'Anthropocène : mot-valise, mot-piège, mot-débat. Inventé au tournant du XXIᵉ siècle par le prix Nobel de chimie Paul Crutzen pour désigner une nouvelle ère géologique marquée par l'impact irréversible de l'humanité sur la planète. Mais de quel « anthropos » parle-ton ? Quel commencement choisir pour l'Anthropocène ? Et pourquoi cette époque serait-elle nouvelle ?
Dès son apparition, le concept divise. Les géologues, soucieux de la rigueur de leur discipline, cherchent à en démontrer la validité scientifique. En 2024, ils rejettent formellement sa reconnaissance comme époque géologique.
D'autres critiques, à l'inverse, le trouvent trop flou, trop englobant. Jason Moore, parmi d'autres, en propose une lecture marxiste : parler d'Anthropocène, ce serait empêcher de comprendre les causes historiques du désastre. Ce n'est pas « l'humanité » en général qui dérègle le climat, mais un mode de production historiquement situé et politiquement structuré. Il propose donc un autre récit : celui du Capitalocène, qui fait apparaître comme cause centrale la dynamique historique du capitalisme mondial, issu du long XVIᵉ siècle moderne et colonial.
Dans ce sillage critique, d'autres termes ont été avancés, avant ou après celui du Capitalocène. Parmi eux, le Plantationocène, forgé par les chercheuses écoféministes Donna Haraway et Anna Tsing, désigne un modèle d'exploitation de la nature, réduite à une réserve de productivité, sur le prototype brutal des plantations esclavagistes de la colonisation. D'autres noms ont émergé : Androcène, Pyrocène, Anglocène… Tantôt effets de style, tantôt gestes théoriques affirmés, ils déplacent la responsabilité d'un « humain » abstrait vers des agents historiques plus situés : l'homme occidental, la combustion fossile (voire l'invention du feu), ou l'hégémonie anglo-saxonne.
Un spectre hante le monde : le spectre de la décroissance. Sa cause : l’Anthropocène. Toutes les ... more Un spectre hante le monde : le spectre de la décroissance. Sa cause : l’Anthropocène. Toutes les puissances de la modernité se sont unies en une sainte alliance productiviste pour traquer ce spectre.
Quelle opposition n’est pas accusée de vouloir revenir à l’âge de pierre par les modernistes au pouvoir ?
Quelle opposition n’a pas traité ses courants les plus avancés de décroissants ?
Deux conclusions s’imposent :
1 : l’Anthropocène est maintenant reconnu comme une puissance par toutes les puissances de la modernité.
2 : il est grand temps que ceux qui reconnaissent la réalité de l’Anthropocène exposent ouvertement et au monde entier leurs conceptions, leurs objectifs et leurs tendances et opposent à la légende du spectre de la décroissance un manifeste du parti post-anthropocèniste.

Srebrenica. Ce nom résonne pour beaucoup comme celui de la honte et d'une incompréhension. Presqu... more Srebrenica. Ce nom résonne pour beaucoup comme celui de la honte et d'une incompréhension. Presque d'une sidération.
Srebrenica. Ville de Yougoslavie qui vit se perpétrer le massacre de masse le plus épouvantable sur le territoire européen depuis la seconde guerre mondiale, après quatre années de conflit, en présence de la FORPRONU, Force de Protection des Nations Unies, et juste avant la fin du conflit sur le territoire bosniaque. La responsabilité des casques bleus fut engagée. Le massacre fut qualifié de génocide par le TPIY, institution des Nations Unies. 20 ans après, on cherche toujours des responsables à cette tragédie.
Srebrenica. Waterloo de la FORPRONU. Chant du cygne macabre de l'idéologie grand-serbe. Baroud de déshonneur des Européens. Comment cela fut-il possible ?
La recherche des responsabilités individuelles, faite par le TPIY ou par des militants, est utile et nécessaire. Néanmoins, elle n'apporte pas et n'apportera jamais de réponse satisfaisante à la question du sens. Pour comprendre, il faut faire apparaître les structures en deçà des responsabilités individuelles. Structures à la base d'une Histoire, car les résultats du TPIY nous le montre : une justice internationale sans Histoire est aveugle.

Toutes les interprétations des guerres de Yougoslavie et principalement de la guerre de Bosnie- H... more Toutes les interprétations des guerres de Yougoslavie et principalement de la guerre de Bosnie- Herzégovine finissent toujours par buter sur une incompréhension qui se transforme en cri de révolte : que la tragédie cesse, que les belligérants enfin s'entendent ! M. Elie Wiesel lui même, prix Nobel de la paix, prêchait pour la "modération dans les 2 camps". Mais le concept de belligérants et celui de génocide étant trop incompatibles, (dans cette logique, les juifs du ghetto de Varsovie pourraient devenir des belligérants de la deuxième guerre mondiale) le cri est vite étouffé. La confusion et l'indifférence, gavées d'humanitarisme, triomphent.
Ainsi l'Europe de la fin du vingtième siècle est devenue le théâtre du premier "génocide spectacle", décrit minutieusement, jour après jour dans sa succession d'actes barbares : massacres, assassinats, viols, pillages, villages brûlés, villes assiégées... Au moins 200 000 bosniaques tués depuis le début de la guerre, principalement des civils de confession musulmane, presque 2 000 000 de réfugiés. Début juin 1994, le HCR rapportait l'existence de pratiques d'esclavage. L'ONU a chargé sa commission pour les droits de l'homme de nous décrire tout cela. De nombreux rapports ont été produits... Mais les "belligérants" continuent de s'affronter devant nous, et "nous", l'ONU, l'Union européenne, l'OTAN, essayons de faire en sorte qu'enfin ils s'entendent, tout en envoyant des montagnes d'aide humanitaire.
Difficile alors de comprendre l'articulation entre ce qui se passe : un génocide. Ce que l'on est censé défendre : les Droits de l'Homme. Ce que l'on fait : résolutions et sacs de riz.

Des morts par dizaines de milliers, des massacres, des tortures, des familles sciemment brûlées a... more Des morts par dizaines de milliers, des massacres, des tortures, des familles sciemment brûlées avec leur maison, des viols systématiques, des camps, des destructions de villes et de villages, un exode de masse, la famine : cette agression se déroule sur tout le territoire de la Bosnie-Herzégovine depuis plus d'un an. C'est toute une population civile et son histoire qui est victime d'une politique de purification ethnique. Face à cette agression, nous voulons tout d'abord dénoncer le principal agresseur, à savoir les nationalistes serbes de Bosnie-Herzégovine soutenus, moralement, économiquement et militairement, par le régime nationaliste de Serbie et sa politique de purification ethnique. Nous dénonçons aussi, dans une moindre mesure, les nationalistes croates de Bosnie-Herzégovine. Nous voulons ensuite reconnaître l'agressé comme étant le peuple pluriethnique, Croates, Musulmans et Serbes, de Bosnie-Herzégovine et son gouvernement démocratique. Nous affirmons notre solidarité envers ce peuple et son gouvernement. Nous exprimons particulièrement notre compassion envers les Musulmans de Bosnie-Herzégovine qui sont les principales victimes du nationalisme serbe et de sa politique de purification ethnique. Nous voulons rappeler que le vivre ensemble des Croates, des Musulmans et des Serbes de Bosnie-Herzégovine (qui sont tous des Slaves de langue Serbo-Croate) est toujours en acte, malgré les atrocités commises, tant dans le gouvernement et l'armée bosniaque que dans les principales villes encore sous contrôle bosniaque. À Sarajevo, assiégé depuis plus d'un an par les milices nationalistes serbes, on compte toujours plus de 70 000 Serbes sur une population d'environ 300 000 habitants qui, dans l'épreuve, continuent d'affirmer leur volonté de vivre ensemble. Contre toute idée de haine ancestrale et raciste, nous soutenons tous ceux qui en Bosnie-Herzégovine défendent le droit au choix du vivre ensemble. C'est pourquoi nous dénonçons les éléments suivants de la diplomatie ONUsienne : L'incohérence de la résolution 713 du conseil de sécurité ; en effet cette résolution, votée le 25 septembre 1991, décida d'appliquer un embargo sur les ventes d'armes à la fédération yougoslave ; or cette résolution fut suivie, dès décembre 1991, de la reconnaissance, par les principales nations qui avaient voté l'embargo, de l'indépendance des républiques de la fédération yougoslave, et donc de la dislocation de celle-ci ; la résolution 713 s'est alors appliquée, automatiquement et sans plus de débat, aux républiques nouvellement reconnues. Cette résolution et les reconnaissances ultérieures ont ainsi livré la Bosnie-Herzégovine, sans moyens pour se défendre, aux appétits barbares des nationalistes serbes ; Le plan de paix Vance-Owen de l'ONU et la CEE : basé sur la négation du peuple bosniaque (Croates, Musulmans et Serbes) et sur la négation d'un vivre ensemble possible et effectif, il propose comme solution de paix un déplacement massif des populations, c'est-à-dire la version diplomatique de la purification ethnique ; Le rôle de la FORPRONU, force de protection de l'ONU, qui s'avère être au mieux une force d'observation de la purification ethnique au pire un soutien à cette purification ; il est moralement inacceptable que le chef de cette FORPRONU participe aux festivités des nationalistes serbes lors de la Pâques orthodoxe ; boire et manger allégrement avec l'agresseur, pendant que l'agressé meurt de faim, ne peut pas être accepté comme un acte de diplomatie, mais bel et bien comme un acte de collaboration de la diplomatie ONUsiene avec l'agresseur. Nous dénonçons aussi la diplomatie française, tant la présidence que les gouvernements successifs de gauche et de droite, pour son rôle de soutien aux éléments dénoncés de la diplomatie ONUsienne, pour son absence d'expression de solidarité envers l'agressé qui va jusqu'à une politique d'accueil des réfugiés cautionnant la politique de purification ethnique, et pour les réticences qu'elle émet face à toutes sanctions contre l'agresseur. Nous déplorons que les médias, dans une très large majorité, n'assument pas leur devoir d'information et de pédagogie et se contentent d'osciller entre un rôle de porte-parole de la communauté internationale (la présentation du gouvernement bosniaque pluriethnique et démocratique comme "les Musulmans" n'est rien d'autre que la propagande médiatique de la purification ethnique) et entre une exploitation émotionnelle de l'horreur à objectif "audimatique". Nous mettons en garde les opinions publiques, européenne principalement, contre l'indifférence dont elles font preuve face au drame qui se déroule en Bosnie-Herzégovine. En effet la question posée par ce drame est d'abord celle de la nation. La réponse qui l'emporte est celle d'une conception ethnique de la nation, fondée sur le droit du sang et des principes racistes. La conception de la nation basée sur le choix des individus à vivre ensemble et le respect de l'identité de l'autre est totalement niée, tant par la pratique de l'agresseur que par les diplomaties ONUsiennes et européennes. La victoire de cette réponse s'avérera très dangereuse partout sur la planète où des sociétés pluriethniques tentent de coexister (en Serbie tout d'abord avec les Musulmans du Sandjak, les Albanais du Kosovo et les Hongrois de Voïvodine, mais aussi en Afrique du sud, en Israël, aux États-Unis, en ex-URSS, en Afrique noire, en France et dans bien d'autres pays). Le 7 mai 1993. Les signataires tiennent à ce que ces prises de position soient exprimées et défendues dans les débats politiques et médiatiques.
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Dès son apparition, le concept divise. Les géologues, soucieux de la rigueur de leur discipline, cherchent à en démontrer la validité scientifique. En 2024, ils rejettent formellement sa reconnaissance comme époque géologique.
D'autres critiques, à l'inverse, le trouvent trop flou, trop englobant. Jason Moore, parmi d'autres, en propose une lecture marxiste : parler d'Anthropocène, ce serait empêcher de comprendre les causes historiques du désastre. Ce n'est pas « l'humanité » en général qui dérègle le climat, mais un mode de production historiquement situé et politiquement structuré. Il propose donc un autre récit : celui du Capitalocène, qui fait apparaître comme cause centrale la dynamique historique du capitalisme mondial, issu du long XVIᵉ siècle moderne et colonial.
Dans ce sillage critique, d'autres termes ont été avancés, avant ou après celui du Capitalocène. Parmi eux, le Plantationocène, forgé par les chercheuses écoféministes Donna Haraway et Anna Tsing, désigne un modèle d'exploitation de la nature, réduite à une réserve de productivité, sur le prototype brutal des plantations esclavagistes de la colonisation. D'autres noms ont émergé : Androcène, Pyrocène, Anglocène… Tantôt effets de style, tantôt gestes théoriques affirmés, ils déplacent la responsabilité d'un « humain » abstrait vers des agents historiques plus situés : l'homme occidental, la combustion fossile (voire l'invention du feu), ou l'hégémonie anglo-saxonne.
Quelle opposition n’est pas accusée de vouloir revenir à l’âge de pierre par les modernistes au pouvoir ?
Quelle opposition n’a pas traité ses courants les plus avancés de décroissants ?
Deux conclusions s’imposent :
1 : l’Anthropocène est maintenant reconnu comme une puissance par toutes les puissances de la modernité.
2 : il est grand temps que ceux qui reconnaissent la réalité de l’Anthropocène exposent ouvertement et au monde entier leurs conceptions, leurs objectifs et leurs tendances et opposent à la légende du spectre de la décroissance un manifeste du parti post-anthropocèniste.
Srebrenica. Ville de Yougoslavie qui vit se perpétrer le massacre de masse le plus épouvantable sur le territoire européen depuis la seconde guerre mondiale, après quatre années de conflit, en présence de la FORPRONU, Force de Protection des Nations Unies, et juste avant la fin du conflit sur le territoire bosniaque. La responsabilité des casques bleus fut engagée. Le massacre fut qualifié de génocide par le TPIY, institution des Nations Unies. 20 ans après, on cherche toujours des responsables à cette tragédie.
Srebrenica. Waterloo de la FORPRONU. Chant du cygne macabre de l'idéologie grand-serbe. Baroud de déshonneur des Européens. Comment cela fut-il possible ?
La recherche des responsabilités individuelles, faite par le TPIY ou par des militants, est utile et nécessaire. Néanmoins, elle n'apporte pas et n'apportera jamais de réponse satisfaisante à la question du sens. Pour comprendre, il faut faire apparaître les structures en deçà des responsabilités individuelles. Structures à la base d'une Histoire, car les résultats du TPIY nous le montre : une justice internationale sans Histoire est aveugle.
Ainsi l'Europe de la fin du vingtième siècle est devenue le théâtre du premier "génocide spectacle", décrit minutieusement, jour après jour dans sa succession d'actes barbares : massacres, assassinats, viols, pillages, villages brûlés, villes assiégées... Au moins 200 000 bosniaques tués depuis le début de la guerre, principalement des civils de confession musulmane, presque 2 000 000 de réfugiés. Début juin 1994, le HCR rapportait l'existence de pratiques d'esclavage. L'ONU a chargé sa commission pour les droits de l'homme de nous décrire tout cela. De nombreux rapports ont été produits... Mais les "belligérants" continuent de s'affronter devant nous, et "nous", l'ONU, l'Union européenne, l'OTAN, essayons de faire en sorte qu'enfin ils s'entendent, tout en envoyant des montagnes d'aide humanitaire.
Difficile alors de comprendre l'articulation entre ce qui se passe : un génocide. Ce que l'on est censé défendre : les Droits de l'Homme. Ce que l'on fait : résolutions et sacs de riz.